Galerie Martagon




Karine Rougier



Si la peinture est une suite d’effacements, de recouvrements, le dessin lui, surgit du support. Karine Rougier possède la magie de résurgence de l’image venue des abysses spirituelles de son imaginaire contrôlé. Elle manipule le papier par des incisions de graphite d’où émergent ses rêves indécis, mélange de fiction et de réalité. Karine Rougier utilise le crayon comme le scalpel dont les entailles réinventent de petites scènes fantastiques fragmentées, dispersées dans l’espace du papier. Ses dessins ne parlent pas, ils chuchotent d’une voix suave, alors il faut se rapprocher pour en capter le son, identifier les mirages musicaux et visuels qui se dégagent en abondance, répartis en de brèves scansions de syllabes crépitantes, d’images dont l’interprétation est rendue difficile par les dispersions, les fragmentations du sujet. Saynètes où le grotesque et le paranormal rivalisent dans un monde déboussolé où le dépassement du réel, alimenté d’une part de fantasme, association d’idées jubilatoires, nous conduisent vers le doute.

Un dessin solide, lieu de transgression, nous déroute d’un chemin tracé d’avance ; Grands ou petits formats, on se perd dans le vide pour se retrouver dans les détails minutieusement composés. Construits, les dessins de Karine Rougier le sont. Les scènes principales stables se trouvent en concurrence avec d’autres actions éclatées qui perturbent nos certitudes, nous en saisissons les propos par bribes. C’est à nous de rassembler cette profusion d’informations. Ferons-nous confiance à ces chirurgiens masqués dont la capacité à découper parait supérieure à celle de recoudre ? Resterons-nous sourds aux appels des sirènes, Vénus, Suzanne et autres Lolita nubiles, campées dans une nudité froide, vestales où putains, c’est à nous de choisir. Utiliserons-nous cette technologie complexe autant que vieillotte à des fins positives ? Les dualités sont nombreuses et nous laissent une grande liberté pour interpréter les histoires que nous raconte l’auteur. C’est la force de ce travail, nous laisser le choix... Au delà de la technique irréprochable du dessin, la fluidité du trait, des traces d’aquarelle stabilisent notre émoi et nous entraînent dans une ambiance d’actualité festive et tragique à la fois. On l’aura compris, le travail de Karine Rougier se détache de la vacuité ambiante, il nous donne à penser, nous nourrit de son empreinte généreuse.

Michel Barjol - Janvier 2007


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Karine Rougier participe au salon du dessin contemporain du 10 au 14 avril galerie espace à vendre


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